Arié Alimi: Lawyer and Activist – Anger and Advocacy

by Marcus Liu - Business Editor
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Arié Alimi, 49 ans, a un peu un physique de rugbyman : grande taille, allure carrée, et des cheveux bouclés. Depuis plus de vingt ans, il est l’un des ténors connus pour défendre inlassablement dans les prétoires, tous ceux qui s’estiment victimes de violences policières. A partir de lundi, Me Alimi, revêtira sa robe d’avocat pour conseiller plusieurs gilets jaunes frappés par des CRS dans le Burger King des Champs-Elysées, en 2018. Il ne saurait dire combien de fois il a été sur le banc des parties civiles, face à des policiers. Arié Alimi a été l’un des premiers avocats à se saisir à bras le corps de ces dossiers au barreau de Paris.

“J’étais très jeune avocat, et je défendais beaucoup de gens en Seine-St-Denis”, raconte-t-il, dans le vaste bureau de son cabinet du 17e arrondissement de Paris. “J’ai commencé à éprouver un sentiment de colère et d’injustice, à force de voir des jeunes hommes racisés dans les box de garde-à-vue, qui avaient systématiquement un oeil au beurre noir, quelquefois un bras cassé. Et donc, j’ai eu la volonté de remédier à ce que je considérais progressivement être une injustice et qui me mettait vraiment en colère”.

Me Arié Alimi, engagé contre les violences policières, avait un grand-père flic en Algérie

La colère. Arié Alimi reconnaît que c’est un sentiment qui l’envahit souvent. Il hait les injustices. Mais n’allez pas croire qu’il est du genre à dire “la police tue”. Jamais. “Ce serait contre-productif”, note-t-il. Lui qui par ailleurs a été élevé dans le respect de l’uniforme, à Sarcelles, où il a grandi. Arié Alimi est petit-fils de policier. Son grand-père paternel. “Mon grand-père qui m’a beaucoup éduqué”, précise-t-il, “parce qu’il était très très présent. Il a été policier en Algérie. Il était juif algérien et il était inspecteur de police au commissariat de Constantine pendant l’état d’urgence. Il a arrêté d’être policier en arrivant en France”. Arié Alimi fait une pause, et ajoute. “Il y a quand même une autre histoire, c’est que son plus jeune frère a été tué par une rafale de gendarmes, le jour du départ en 1962″.
Est-ce une histoire dont on lui parlait enfant ? “Oui, c’est une histoire dont on me parlait,  et je n’avais pas fait de lien direct au moment où j’ai commencé à m’occuper de violences policières. Puis au moment de l’affaire de Rémi Fraisse, tout m’est revenu”.

Rémi Fraisse, militant écologiste tué par une grenade de gendarme à Sivens en 2014. Arié Alimi a été l’avocat de sa famille. L’un de ses gros dossiers médiatiques, parmi beaucoup d’autres. Dont Geneviève Legay, à Nice. Mais l’un des dossiers qui l’a le plus marqué récemment, c’est le procès de Laurent Bigorgne, ex-directeur de l’Institut Montaigne, reconnu coupable d’avoir drogué à son insu sa collaboratrice et ex-belle-soeur Sophie Conrad. Me Alimi était sur le banc des parties civiles aux côtés de la victime, et il dit avoir compris comme jamais, la souffrance des femmes dans les violences qui leur sont faites.  Dans chaque affaire, Arié Alimi est un avocat passionnément engagé,  et toujours soucieux de défendre les libertés, face aux abus de la machine étatique.

Avocat et militant, vice-président de la LDH

Arié Alimi est aussi devenu il y a un an et demi, vice-président de la Ligue des Droits de l’Homme.
Il aime se définir comme “avocat et militant”. D’un côté l’avocat qui fait du droit, “du droit aride”, dans les prétoires. Et en parallèle, le militant engagé sur le terrain associatif et politique. Son cœur balance à gauche, il ne s’en est jamais caché. A gauche, il a été un temps l’avocat de Jean-Luc Mélenchon, mais n’ont plus de contact.

Parmi les rencontres essentielles dans la vie d’Arié Alimi, il y a surtout l’ex-ministre écologiste Cécile Duflot, qui a été sa compagne.
“Je pense que c’est l’une des plus belles rencontres de ma vie”, confie-t-il. “Maintenant, on est amis -enfin plus qu’amis. On est extrêmement proches, on se parle tout le temps, pratiquement tous les jours, on se voit souvent. Et évidemment, quand on rencontre quelqu’un comme Cécile, on a la chance de pouvoir être transformé en bien. Et donc, je lui dois beaucoup beaucoup beaucoup de cette transformation”.

“Juif, Français, de gauche, avocat… dans le désordre”

Arié Alimi se trouve notamment plus calme qu’avant. Quand je lui demande de brosser son autoportrait, il a d’abord du mal à répondre. Il rit. Puis énumère : “Je vais pas faire très original, mais je vais reprendre le titre de mon premier texte public et de mon livre  “juif, français, de gauche, avocat… dans le désordre.” Des identités qui ont parfois été “en conflit”, ajoute-t-il. Sinon, on lui dit souvent qu’il est “un peu bourru, ou un peu en colère”, mais il pense que “c’est surtout la difficulté à dissimuler une ultra-sensibilité”.

Avant ses plaidoiries importantes, Arié Alimi écoute la Chaconne de Bach. Des plaidoiries qu’il n’écrit jamais. A peine prend-il quelques notes. Puis il s’élance verbalement quasi sans filets, lui qui a longtemps été un enfant mutique, jusqu’à ce que le théâtre le métamorphose. C’est sa mère, kiné -comme son père- qui l’avait inscrit. Quatre décennies plus tard, Arié Alimi adore toujours le théâtre, et il parle avec une immense admiration de “Léviathan”, la pièce de Larraine de Sagazan, dans laquelle la metteuse en scène a fait le procès de la justice expéditive. Quand il ne plaide pas dans un prétoire, ou n’applaudit pas dans un théâtre, Arié Alimi aime lire, dans son fauteuil -Dostoïevski comme “le dernier Mauvignier, un chef d’oeuvre”. Il a déjà rédigé trois essais, et un jour, il aimerait écrire un roman. Mais il lui faudrait plus de temps libre. Pour l’instant, il aime passer ce temps avec ses deux grandes filles. L’une est étudiante en médecine, le rêve qu’il n’a pas réalisé -il a échoué en première année. L’autre est en droit et a déjà songé à devenir commissaire.

date: 2026-02-08 06:49:00

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