Hyperémèse gravidique : le gène GDF15, facteur clé enfin identifié
Chaque année, des milliers de femmes enceintes sont hospitalisées en urgence pour des nausées et vomissements si intenses qu’elles en deviennent incapables de s’alimenter ou de s’hydrater. Cette pathologie, appelée hyperémèse gravidique (HG), touche jusqu’à 2% des grossesses en France et jusqu’à 10,8% dans sa forme sévère selon les données épidémiologiques les plus récentes. Jusqu’à présent, sans traitement validé par les autorités sanitaires, cette maladie était souvent minimisée ou attribuée à des causes psychosomatiques.
Une étude internationale publiée le 14 avril 2026 dans Nature Genetics change radicalement la donne. Menée par une équipe de la Keck School of Medicine de l’Université de Californie du Sud (USC), cette recherche révèle que le gène GDF15 est le principal facteur génétique de risque d’hyperémèse gravidique, avec une association confirmée dans toutes les populations étudiées. Cette découverte ouvre la voie à des stratégies thérapeutiques inédites.
Pourquoi cette découverte est-elle révolutionnaire ?
L’hyperémèse gravidique est une maladie complexe qui peut entraîner une déshydratation sévère, une carence nutritionnelle et même des complications hépatiques. Malgré son impact majeur sur la santé des femmes enceintes, ses mécanismes biologiques restaient mal compris.
- 10 loci génétiques associés au risque d’HG identifiés, dont 4 déjà connus (GDF15, IGFBP7, PGR, GFRAL) et 6 nouveaux (SLITRK1, SYN3, IGSF11, FSHB, TCF7L2, CDH9).
- GDF15 : signal génétique le plus fort, présent dans toutes les populations étudiées (européennes, asiatiques, africaines, latino-américaines).
- Certaines mutations rares de GDF15 multiplient le risque d’HG par 10.
- Pas de lien génétique confirmé avec l’hCG ou les œstrogènes, remettant en cause deux hypothèses historiques.
GDF15 : l’hormone clé du placenta
Le gène GDF15 (Growth Differentiation Factor 15) code pour une hormone produite principalement par le placenta dès les premières semaines de grossesse. Son rôle était jusqu’alors associé à la régulation de l’appétit et à des mécanismes anti-inflammatoires, mais son implication dans l’hyperémèse gravidique n’avait jamais été aussi clairement démontrée.
“Mon hypothèse est que ce mécanisme a évolué il y a très longtemps et est probablement universel à travers les populations humaines”, explique la professeure Marlena Fejzo, directrice de l’étude et spécialiste en épidémiologie génétique à l’USC.
Source : Nature Genetics, 2026
Cette hormone agit sur le cerveau via le récepteur GFRAL, situé dans l’hypothalamus, pour réguler la prise alimentaire. Des niveaux élevés de GDF15 pourraient déclencher des réponses de nausée excessive chez les femmes génétiquement prédisposées.
Une découverte inattendue : le lien avec le diabète de type 2
Parmi les nouveaux gènes identifiés, TCF7L2 a particulièrement surpris les chercheurs. Ce gène est déjà connu comme le principal facteur génétique de risque du diabète de type 2 et du diabète gestationnel. L’étude révèle qu’il est également fortement exprimé dans le placenta en développement, un mécanisme jusqu’alors inconnu.
Cette connexion suggère un possible lien biologique entre l’hyperémèse gravidique et les troubles métaboliques, ouvrant des pistes pour des traitements combinés à l’avenir.
Deux pistes thérapeutiques prometteuses
Les résultats de cette étude ouvrent la voie à deux approches thérapeutiques distinctes, actuellement en phase d’essais cliniques.
1. Désensibilisation à GDF15 via la métformine
L’équipe de la professeure Fejzo explore l’utilisation de la métformine, un médicament antidiabétique qui augmente naturellement les niveaux de GDF15 dans l’organisme. L’idée serait de désensibiliser les patientes à cette hormone avant même la conception, en initiant le traitement plusieurs mois avant une grossesse prévue.
La métformine est déjà utilisée chez les femmes enceintes atteintes de diabète gestationnel sans effet tératogène documenté, ce qui en fait une option potentiellement sûre. Cependant, des essais spécifiques à l’hyperémèse gravidique restent indispensables.
2. Blocage de la signalisation GDF15 pendant la grossesse
Une seconde approche, développée par la société NGM Bio, vise à bloquer directement l’action de GDF15 pendant la grossesse. Cette stratégie s’appuie sur l’observation que certaines personnes sans fonction GDF15 sont en parfaite santé et fertiles.
Des molécules ciblant spécifiquement le récepteur GFRAL sont en développement, avec des essais cliniques prévus pour évaluer leur efficacité et leur sécurité.
Un changement de paradigme pour les patientes
Pour les femmes souffrant d’hyperémèse gravidique, souvent confrontées à des diagnostics minimisés ou à des explications psychosomatiques, cette découverte représente un vrai espoir scientifique. Elle valide enfin l’origine biologique de cette maladie et ouvre la porte à des solutions médicales concrètes.
Les chercheurs soulignent cependant que ces résultats, bien qu’encourageants, ne doivent pas être interprétés comme des traitements immédiats. Des essais cliniques rigoureux sont nécessaires pour confirmer l’efficacité et la sécurité de ces approches.
Questions fréquentes sur l’hyperémèse gravidique
1. Qu’est-ce que l’hyperémèse gravidique ?
Il s’agit d’une forme sévère de nausées et vomissements survenant pendant la grossesse, pouvant entraîner une déshydratation, une perte de poids significative et des complications médicales. Elle touche environ 2% des grossesses en France.

2. Pourquoi cette découverte est-elle importante ?
Elle identifie pour la première fois un facteur génétique majeur (GDF15) associé à l’HG, ce qui permet d’envisager des traitements ciblés plutôt que des solutions symptomatiques. Cela remet aussi en cause les explications purement psychosomatiques souvent proposées.
3. Quand pourra-t-on espérer des traitements ?
Les essais cliniques sur la métformine et les bloqueurs de GDF15 pourraient démarrer d’ici 2027. Cependant, il faudra plusieurs années pour obtenir des autorisations réglementaires, probablement vers 2030 dans le meilleur des cas.
4. Cette recherche concerne-t-elle toutes les femmes enceintes ?
Non. L’étude montre que seules les femmes portant certaines variantes génétiques spécifiques (notamment du gène GDF15) sont à haut risque. Un test génétique pourrait à l’avenir identifier ces femmes avant leur grossesse.
Vers une médecine de précision pour l’hyperémèse gravidique
Cette étude marque un tournant dans la compréhension de l’hyperémèse gravidique. En identifiant GDF15 comme facteur clé, les chercheurs ont non seulement éclairci les mécanismes biologiques de cette maladie, mais ont aussi ouvert la voie à des approches thérapeutiques innovantes.
Si les résultats se confirment, nous pourrions assister dans les années à venir à l’émergence de traitements personnalisés, basés sur le profil génétique de chaque patiente. Pour les femmes concernées, c’est une lueur d’espoir après des décennies de souffrance souvent mal comprise.
Pour suivre l’actualité de ces recherches, consultez régulièrement les publications de la Keck School of Medicine et de NGM Bio, ainsi que les mises à jour de Nature Genetics.