Les trois partis d’opposition à l’Assemblée nationale s’inquiètent de la perspective que des « brevets au rabais » soient accordés à des enseignants non légalement qualifiés au terme de formations courtes dont la qualité tarde à être évaluée de façon indépendante. Ils pressent Québec d’accélérer la mise en place de l’Institut national d’excellence en éducation (INEE) pour corriger cette situation.
Le Devoir rapportait vendredi que des programmes de formation en enseignement mis en place il y a quelques années déjà n’ont toujours pas été évalués ni accrédités par Québec, près de la moitié des sièges au sein du Comité d’agrément des programmes de formation à l’enseignement (CAPFE) étant vacants. L’organisme n’a d’ailleurs plus qu’une fonction transitoire depuis décembre 2023, celui-ci devant à terme être aboli une fois que l’INEE aura officiellement lancé ses activités.
Or, Québec tarde à former le conseil d’administration de cet institut, dont seuls 2 des 13 sièges ont été pourvus à ce jour. Entre-temps, des experts font état de lacunes dans le contenu de certaines formations accélérées en enseignement qui accueillent pourtant plusieurs étudiants.
« Ça démontre toute l’importance d’accélérer le pas dans la mise sur pied de l’INEE », a pressé en entrevue la députée libérale Madwa-Nika Cadet, soulignant l’importance de préserver « la qualité de l’éducation qui est transmise à nos jeunes ». En somme, « il ne faut pas donner des brevets au rabais », même si une pénurie de main-d’œuvre persiste dans le réseau de l’éducation, a ajouté l’élue.
« Évidemment, on a besoin de main-d’œuvre, mais on a surtout besoin de s’assurer que cette main-d’œuvre-là aura tous les outils nécessaires pour jouer son rôle de transmission [des savoirs] » auprès des élèves du primaire et du secondaire, a affirmé Mme Cadet. Elle estime par ailleurs que mieux on formera les enseignants, plus on sera en mesure d’assurer leur rétention dans les écoles de la province.
Une « obligation morale », selon le Parti québécois
Dans ce contexte, la ministre de l’Éducation Sonia LeBel a « l’obligation morale auprès des étudiants de mettre immédiatement sur pied l’INEE », a plaidé à son tour le député péquiste Pascal Bérubé.
Il demande par ailleurs à la ministre de « rassurer » les enseignants non légalement qualifiés qui sont inscrits dans des programmes courts à l’université dans l’espoir d’obtenir leur brevet quant à « la qualité et à la reconnaissance de leur parcours de formation ». Actuellement, ceux-ci sont « devant un vide », ne sachant pas s’ils pourront obtenir, au terme de leur parcours universitaire, une autorisation permanente d’enseigner, a constaté l’élu.
« Le gouvernement a fait voter une réforme majeure, mais n’en a jamais assuré la mise en œuvre. C’est inacceptable. Alors que le système d’éducation est déjà sous pression et qu’on se questionne sur la qualité des formations courtes, la CAQ n’a pas le droit à l’improvisation ni aux demi-mesures. Qu’est-ce que la ministre de l’Éducation attend pour enfin régler la situation ? » a demandé à son tour le député solidaire Gabriel Nadeau-Dubois, dans une déclaration écrite transmise au Devoir. L’INEE, a-t-il déploré, est « paralysé, faute de décrets essentiels » de la part du gouvernement caquiste.
Le cabinet de Sonia LeBel a pour sa part fait valoir au Devoir qu’en attendant son « transfert » à l’INEE, le CAPFE transitoire conservait « la responsabilité de formuler des avis à la ministre et aux universités sur le contenu des programmes de formation ». Il revient donc aux universités d’appliquer les recommandations formulées par cet organisme « afin que les programmes soient reconnus comme menant au brevet d’enseignement ».
date: 2026-02-07 12:52:00